L'église Notre Dame de La Chèvrerie
 

Il n'y a plus de vieille église à La Chèvrerie, l'église actuelle Notre Dame fut érigée par les habitants de 1903 à 1905.

Avant la Révolution, la paroisse de la Chèvrerie était une annexe de celle de Villefagnan.
Il existait jusqu'au commencement du XXe siècle une chapelle dans le cimetière de La Chèvrerie. Elle fut desservie jusqu'à la Révolution par le curé de Villefagnan, puis à partir de 1802 par le curé de Bernac, entre autres. Elle était encore visible en 1920 selon "La semaine charentaise du diocèse d'Angoulême" qui rapporte : "La vieille cloche toujours existante dans le campanile de l'ancienne église en ruines ne porte aucune inscription qui soit lisible".

La chapelle primitive était visiblement très modeste. (Image supposée.)

Elle se situait dans le cimetière et "avait 13 mètres de longueur intérieure et 5,62 mètres de large, ce qui fait en chiffres ronds 73 mètres carrés de surface". Mais son mauvais état et la volonté des habitants l'ont fait remplacer par une église érigée de 1903 à 1905.

Une histoire peu banale que, grâce à la perspicacité de Jean-Marie Sicaud, ancien maire de La Chèvrerie, avec le soutien de la municipalité actuelle, a pu être mis à la disposition de tous au travers d'un ouvrage biographique.

Mais avant d'aborder cette belle histoire, un petit retour avant la Révolution s'impose !
Car il y eut les protestants et le fameux curé Degenne à Villefagnan...


Sénéchaussée et Présidial d'ngoumois
Le curé de Villefagnan tente de convertir une protestante mourante.
23 avril 1729
Monsieur le Sénéchal de la ville et Marquisat de Ruffec, remontre le Procureur de la Cour, qu’il a été averti que Anne BERTAULT, femme du sieur POUYAULT DESBROUE de la Chèvrerie est décédée depuis quelques temps, et morte relaps, quoique le curé de Villefagnan se soit transporté plusieurs fois chez elle pour lui administrer le s sacrements, ce qu’elle a toujours été refusante. Il demande une information.
26 avril 1729
Information
Messire Louis DEGENNES, prêtre curé de la paroisse de Villefagnan (et de la Chèvrerie son annexe), et y demeurant.
Le 20 février dernier, le déposant alla, quelque temps après vêpres, avec son sacristain au lieu de La-Tour-Au-Vilin, en la paroisse de Villefagnan, en la maison du sieur POUYAUD DESBROUE, sachant que Anne BERTAUT, sa femme, était malade, alitée. Et s’étant approché du lit où ladite BERTAUD était, et lui ayant offert le sacrement de confession, elle le refusa plusieurs fois, quelques exhortations que le déposant put lui faire.
Et en entrant dans la maison dudit POUYAUD, il le trouva dans la chambre avec la veuve BERTAUD de Ferret, auquel POUYAUD le déposant dit de voir sa femme le premier (avant) qu’il s’approchât de son lit, afin de la prévenir de sa vue et de l’obliger autant qu’il le pourrait à faire son devoir.
Lequel dit POUYAUD lui fit réponse que sadite femme ne se confesserait point, qu’ils avaient liberté de conscience, et lui dit aussi plusieurs duretés pendant l’espace de deux heures que le déposant y resta.
S’étant présenté plusieurs fois au lit de ladite BERTAUD malade, sans qu’elle voulait l’écouter, de quoi le déposant en a rendu sa déposition devant le juge de Villefagnan.


René CLERC, 27 à 28 ans, sacristain de l’église de Villefagnan, demeurant au bourg de Villefagnan.
Le 20 février dernier, il alla avec le sieur DEGENNE, curé de Villefagnan, en la maison du sieur POUYAUD DESBROUE, au lieu de La-Tour-Au-Vilin.

Gabriel JOLY, 67 ans, maître chirurgien, demeurant à Ruffec.
Un jour du mois de février dernier, s’étant trouvé au lieu de La-Tour-Au-Vilin, en la demeure du sieur POUYAUD DESBROUE, où il avait été appelé pour donner quelques médicaments à la femme dudit POUYAUD, qui était malade au lit.
En entrant dans la chambre de la malade, le sieur curé de Villefagnan y entre aussi en même temps. Alors, le déposant sortit de la chambre et entra dans une autre, en attendant que ledit curé eut parlé à la malade, pour qu’il s’en approchât afin de pourvoir au secours qu’il pouvait lui donner de son art et de sa profession.
Et comme le déposant qui se promenait dans la chambre particulière avec ledit POUYAUD DESBROUE, aperçut ledit curé de Villefagnan qui sortait de la chambre où était la malade, après qu’il les eut ouïs parler fortement ensemble, sans pouvoir distinguer ce qu’ils disaient.
Icelui déposant, s’étant avancé pour y entrer, il aperçut ledit curé qui en était déjà sorti, paraissant en colère et échauffé, qui y entra aussi brusquement et qui paraissait aussi en colère.
Le déposant l’ouït encore parler sans pouvoir distinguer ce qu’il disait en ce qu’il a l’ouïe dure.
Ledit sieur curé sortit peu de temps après de ladite chambre avec un jeune homme que l’on dit être son sacristain.
Le déposant ayant ensuite sorti sans s’informer de ce que ledit sieur curé y avait fait…
Ajoute le déposant que premier que ledit sieur curé de Villefagnan allât voir la femme dudit sieur POUYAUD, icelui déposant lui avait écrit et donné avis de sa maladie.
..
Puis il y eut l'ouragan de 1777.

L'ouragan du 3 juillet 1777
Extrait de l'Observateur de Ruffec du 21 juin 1936 qui cite les Affiches du Poitou n° 28 et 29 du jeudi 17 juillet 1777.
Un ouragan affreux a mis, le 3 de mois, toute la contrée dans la désolation; des arbres brisés ou arrachés, des maisons renversées ou découvertes, des charpentes déplacées, des tuiles dispersées, les blés couchés, des foins mêlés dans les branchages et les buissons : voilà de ses effets !..
Tous les lieux circonvoisins, entre autres, Aigre, Tusson, Souvigné,Verteuil, Salles, Raix, Courcôme, La Faye, La Chèvrerie, Saint-Martin du Clocher, Montalembert, Ruffec, ont plus ou moins souffert et il y en a beaucoup d'autres dont je ne me rappelle pas le nom.
Un mal irréparable, c'est la perte des noyers, des châtaigniers et autres arbres à fruits que cet ouragan a principalement attaqués : ils sont tous déracinés ou dépouillés.
Le peuple de ces contrées vit de châtaignes le tiers de l'année. Les chênes promettaient une belle glandée et cela est aussi perdu.

Il y a eu des bœufs écrasés sous des toits chez M. Romefort de Londigny.
Le Clocher de la Chèvrerie a été renversé. L'église était donc mal entretenue : déjà le 28 mars 1778 : "J’ai reçu, Monseigneur, votre ordonnance sur le compte de la chapelle de La Chèvrerie. Votre grandeur connaît à présent, et les choses qui y manquent, et l’état d’indigence où elle se trouve. J’ai prévenu les habitants que mon vicaire n’irait point y commencer le service jusqu’à ce qu’ils aient exécutés l’ordonnance de sa grandeur. Néanmoins, si elle exige qu’on y aille tout de même, dès le premier mai, j’y enverrai mon vicaire.
Monseigneur, Votre humble et très obéissant serviteur, Le Pelletier curé de Villefagnan.
"

Mais des réparations sont projetées
"Villefagnan le 17 juillet 1779
Monsieur (sans doute la personne en charge des affaires temporelles de l’évêché).
M. Tulas subdélégué de M. l’Intendant à Ruffec, m’écrit aujourd’hui qu’il se transportera demain en quinze jours à La Chèvrerie pour adjuger le bail au rabais des réparations de la chapelle qu’il ne considère pas comme une chapelle, mais comme une église paroissiale. Ces réparations, monsieur, se montent suivant le devis estimatif qui en a été fait à la somme de 940 livres pour les décimateurs, c’est-à-dire pour Monseigneur l’Evêque seul décimateur ecclésiastique dans cette partie. Il m’a semblé expédiant de vous en avertir, monsieur, et comme il n’y a pas de temps à perdre, je me diligente de le faire. J’ai l’honneur d’a… avec respect. Monsieur Votre humble et très obéissant serviteur, Le Pelletier, curé de Villefagnan.
"

"Villefagnan le 24 juillet 1779
Monsieur, Il me paraît que vous n’avez pas pris du bon côté l’avertissement que j’ai eu l’honneur de vous donner au sujet des réparations de La Chèvrerie, et il est étonnant que vous n’ayez pas vu qu’en vous donnant cet avis, je visais uniquement aux intérêts de Monseigneur…
Un prêtre de La Chèvrerie, sur la distance où elle se trouve de Villefagnan (en raison de son éloignement de villefagnan), fit offre à ses concitoyens de leur dire la messe, et de faire leurs enterrements, s’ils voulaient faire les frais d’avoir une chapelle et un cimetière, ce qui eut lieu et fut continué par un autre ecclésiastique aussi de La Chèvrerie. Les habitants ont depuis veillé à l’entretien de cette chapelle qui est toute d’une venue et où il ne se trouve rien absolument qui puisse indiquer : c’est là la nef, c’est là le chœur (cette remarque du curé Le Pelletier pour dire que l’on ne pourra que difficilement partager les frais en vertu de cette règle du droit canon : la nef à la charge des habitants, le chœur à la charge des décimateurs).
Je sais, et Monseigneur se rappelle que lorsque les habitants lui demandèrent de leur faire dire la messe les jours fériés, ils obéirent de fournir les choses nécessaires au service divin, et il n’y avait alors ni «fonds baptismaux», ni tabernacle, ni ciboire dont la custode donnée par Sa Grandeur pourrait tenir lieu aujourd’hui.
J’ai des registres de plus de cent ans, vu dans les actes, La Chèvrerie est dite être dans la paroisse de Villefagnan, et les habitants se sont pourvus pour faire les réparations, espèrent du tout point que Monseigneur y contribue d’autant qu’il le voudrait bien. Malgré tout cela, Monsieur, Sa Grandeur doit-elle laisser faire, sans mot dire, une adjudication et un rôle par ordre du Conseil, où qu’elle soit imposée pour la somme de 940 livres 9 sols. Il m’avait semblé que non et nul autre motif ne m’avait induit à vous écrire. Vous me permettez de dire que ce ne sera point en cherchant à me persuader que cette affaire me regarde aussi, que vous veillerez à détourner le nuage. Cette chapelle est-elle annexe ou bien succursale de l’église de Villefagnan ?
C’est à vous maintenant à en juger. Ce que je sais, c’est que par la tournure que l’on a donné à la besogne, elle a passé à l’Intendance et passera sous peu au Conseil pour une église paroissiale. D’autres affaires survenues à M. le Subdélégué lui ont fait renvoyer cette adjudication au troisième dimanche d’août. Le Pelletier curé de Villefagnan (qui s'inquiète d'un possible changement de statut de cette église et de ses revenus).
"


Une nouvelle église
Ériger une nouvelle église, quand le Parlement discute de la séparation des Eglises et de l’Etat, démontre la détermination du maire de la Chèvrerie, Jean Sicard, et de ses concitoyens.
L’histoire débute le 21 décembre 1900 avec la mort de l'Abbé Mareschal, 48 ans curé de Bernac, Saint-Martin–du-Clocher et La Chèvrerie.
L'Abbé Baylot, curé de La Faye, assure son remplacement et dit la messe à 9 heures le 25 décembre 1900 à La Chèvrerie - une révolution pour les fidèles qui se contentaient de vêpres - le signal de départ d’une « croisade » pour un desservant, une messe chaque dimanche matin… et une nouvelle église.

 

Le 14 juillet 1921, Jean Sicard, maire depuis 1893, décide à 74 ans de conter cette histoire. Il noircira 50 pages d’un cahier d’écolier conservé à la mairie.

L'histoire qui suit, rapportée par Jean Sicard, maire à l'époque, est peu commune.

"Nous décidions qu'une église d'une superficie de 120 mètres carrés serait suffisante pour la population de La Chèvrerie. Je mis les dimensions suivantes : longueur dix sept mètres, largeur sept mètres".
 

L'intérieur de l'église se veut très simple, une fausse voûte de lambris, des murs en pierre apparente...
 

Le premier autel avait été acheté à Tusson. Il provenait de la chapelle de l'ancien couvent (selon Jean Sicard).


Le bénitier provient de l'ancienne chapelle de la Chèvrerie (selon Jean Sicard).


Le maire Jules Sicard et le curé Laguës devant leur nouvelle église.
Avant que les murs ne soient enduits...

 
La première messe fut dite le 1er janvier 1906.



La cloche Marie Jeanne Mathilde fut bénite le 11 novembre 1932.
Une clochette, sa réplique exacte, fut offerte au parrain et à la marraine.
De même que des dragées en boite et en cornet.

 
 


La messe du centenaire fut dite le 8 janvier 2006.

 
 



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