Temples et protestants de Villefagnan

Deux églises à Villefagnan ? Les visiteurs de ce plat chef-lieu de canton se demandent souvent pourquoi…
Car il existe ici deux religions, l’une catholique, l’autre protestante, d’où une église, d’où un temple qui ressemble à s’y méprendre à une église, et cette confusion est facile pour ceux qui ne connaissent pas vraiment l’histoire de Villefagnan.
Villefagnan était assise à cheval sur la route royale de Paris en Espagne. Calvin viendra en Angoumois (1533-1534), fera des émules, plusieurs seigneurs des environs se convertiront au protestantisme, ce sera l’origine de cette communauté protestante et séculaire à Villefagnan en plein fief de l’évêque de Poitiers.
Ici, l’église réformée a trouvé un bon terreau, elle prend de l’ampleur et résiste à toutes les pressions, à toutes les vexations. Les premiers temples seront tour à tour détruits. Le dernier érigé en 1874, inauguré en 1875, remplace un modeste oratoire établi dans une grange.
Ce recueil, sans prétention, propose de petits résumés, en vue d’éclairer l’histoire des protestants de Villefagnan.


Villefagnan
En 1268, Guillaume de Lezay-Lusignan avait échangé son château d'Angles (Vienne) et toute la terre qu'il possédait dans la châtellenie d'Angles, contre la terre de Villefagnan que lui cédait l'évêque Hugues de Châteauroux. Ce fut un simple « aller et retour » car Guillaume de Lezay, et sa sœur Agathe, revendirent en 1271 la terre de Villefagnan à Hugues, évêque de Poitiers, pour 1.000 livres. Qui en revend les terres à d’autres seigneurs, ne conservant que le temporel, sa réserve seigneuriale et le logis de l’Evesquot. Le Roi octroie par lettres patentes du 26 avril 1346 le droit de justice à la châtellenie de Villefagnan, et en octobre 1561, l'établissement de six foires par an et d'un marché le vendredi.


La paroisse de Villefagnan, pourtant sise en Angoumois, et dont le territoire était bien plus étendu que la seigneurie du même nom, relevait du diocèse de Poitiers. Les seigneuries relevaient également de la Généralité de Limoges au travers de la sénéchaussée d’Angoulême et du Marquisat de Ruffec. Nous pouvons entrevoir d’énormes difficultés au plan administratif ou judiciaire.

Les tours marquant l'entrée du logis de l'évêque.

Rien n’est simple en ce bas monde. L’évêque de Poitiers et son représentant local, le curé, durent « s’agenouiller » de dépit lorsqu’ils constatèrent l’avènement du protestantisme à Villefagnan. Mais nul n’est prophète en sa paroisse…
Les Le Coq de Villefagnan, auteurs des Le Coq de Boisbaudrant, étaient issus des Le Coq des Pierres Blanches, il possédaient une grande partie des terres de la seigneurie de l’Evêque à Villefagnan, et de nombreux hébergements dans le bourg. On dit que cette famille fut l’une des premières à embrasser la religion protestante. Pierre Le Coq était seigneur de la Cantinolière, quand Desroches Le Coq donna un terrain pour ériger un temple sur le fief de la Ferté. Son fils, Paschal Le Coq, était médecin.
 
Entrée de la Cantinolière.

La seigneurie de la Cantinolière fut saisie par l'évêque le 3 avril 1732 pour défaut d’hommage car la succession était vacante. Longue traversée du désert, moult démêlés, avant le 31 décembre 1779, quand le nouveau seigneur, Henry Poitevin, sieur de Lespinière, rendit le dénombrement de la Cantinolière à l'évêque de Poitiers.

Lire aussi : http://epuangoulemecharente.wix.com/site-de-lerca#!notre-eglise-locale/c16gl

Quelques pasteurs ou ministres du culte réformé
Pert, en 1608 ; Pacort, en 1615 ; Etienne Texier vers 1618 ; Pascard, en 1695 ;
Jacob Texier, qui se réfugia en Hollande avec femmes et enfants pendant la révocation de l’édit de Nantes.
Auguste Etienne Picanon de 1864 à 1898 ;
Jules Alexis Lassueur (1862-1909) ;
Thomas (évangéliste) ;
Hippolyte Garnier (sept. 1939 à juillet 1953 desservait Villefagnan, Sauzé-Vaussais, Chef-Boutonne et Sauzé-Vaussais (alternativement tous les 15 jours à 9h30). Le culte à Villefagnan avait lieu tous les dimanches à 11 h 30 ;
Lucien Geoffriaud pasteur à Mansle (culte rattaché à Mansle en 1953) ;
Pierre Delahaye ; Laurent Coupon ; Vernier…
En l’absence de pasteur, de diacre, l’Eglise réformée fut confiée aux anciens. Au début du protestantisme, au niveau de l'Église locale, les protestants s'assemblaient pour élire un conseil d'anciens appelé consistoire. Le consistoire nomme le pasteur et connaît de tout ce qui concerne l'ordre, l'entretien et le gouvernement de l'église.

Lors du sixième synode national des protestants qui se tint à Verteuil, en Angoumois, le 1er septembre 1567, les anciens et les diacres ont pu « assister aux propositions de la Parole de Dieu, qui se font par les candidats, et autres censures, qu’en font les ministres, et dire même, si bon leur semble, leur avis en pleine liberté ».

En 1664, François de Girardin, sieur de Chassagne, et Pierre Le Coq, sieur du Theil, sont cités comme anciens.
François de Girardin, sieur de La Chassaigne, qui est cité, en 1664, parmi les principaux membres de l'église de Villefagnan. En 1718, nous trouvons dénoncées comme huguenottes, Jeanne et Anne de Girardin, fille de Philippe Girardin, sieur de La Rousselière, et d'Elisabeth Caillot, ainsi que Catherine Girardin, fille d'Alexandre, sieur de La Chassaigne, et de Marie
Michau.


« 16 juin 1685, depuis la démolition du temple de Villefagnan, deux ans environ, Daniel et Antoine Pouyaud, frères, qui étaient ci-devant anciens du temple de Villefagnan, ont continué anciens du temple de Verteuil. »
Jusqu'en 2013, Géo Lancelot veille en tant que prédicant et ancien sur la paroisse protestante de Villefagnan.

Calvin
Originaire de Noyon, en Picardie, où il est né en 1509, Jean Calvin se prédestinait à une carrière ecclésiastique. Tonsuré à 12 ans, il suivra des études théologiques à Paris. Il bascule dans le camp réformiste en 1533, se réfugie en Suisse à Bâle (centre de la Réforme), et s'adonne à l’étude approfondie des écrits de Luther (son aîné de 25 ans). Prédicateur talentueux, Calvin fut le meilleur propagateur de l'élan réformiste.
« La Réforme fut introduite dans ce pays en 1534 lors du voyage de Calvin en Angoumois1. L’Evangile y fut accueilli par les artisans et par la noblesse et s’y perpétua de siècle en siècle jusqu’à nos jours en dépit des plus violentes persécutions » écrivait le pasteur Picanon en 1873.
Calvin avait laissé quatre disciples qui propagèrent ses idées sur la Réforme à Poitiers et alentours. « La chaire à Calvin » à Mouthiers-sur-Boëme, en Charente, abri sous roche, serait l’objet d’une légende : Calvin aurait prêché la réforme du haut d'une chaire taillée dans le rocher.
En 1564, les réformés de Villefagnan élèvent un temple sur un terrain donné par le seigneur Le Coq. Cette famille avait acquit la Cantinolière des Fradin de Bessé (Saint-Jean-d’Angély). La position de Villefagnan sur la route postale de Paris en Espagne, donc près de Poitiers, favorise l’arrivée des idées calvinistes, et la paroisse devint très vite « une petite Genève ». Outre les Le Coq, plusieurs familles nobles embrassèrent le protestantisme. A Saveille, à la Ferté, à Chassagne, à Souvigné, etc.
A partir de 1562, ce sont les guerres de religion entre catholiques et protestants. Jeanne d’Albret, reine de Navarre, mère du futur roi Henri IV, est à la tête des protestants de La Rochelle, de 1568 à 1571.
Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), ordonné par Catherine de Médicis, est un évènement majeur. Il correspond au massacre d'une partie des protestants de France par les catholiques de France pendant les guerres de religion. La Rochelle résiste victorieusement à un premier siège de l’armée royale (1572 - 1573).
A Saveille, dont les seigneurs sont convertis, s’installe une base « logistique » huguenote. Les hommes y viennent se refaire une santé.
Jean-Martin Buchey dit dans sa géographie charentaise de 1914 : « Le château de Saveille appartenait à la maison de La Rochefaton en 1585, lorsqu'il fut pris et saccagé par l'armée du roi de Navarre, futur Henri IV ». Mais des inventaires du XIXe siècle disent le contraire. Normal, sachant la sympathie de La Rochefaton, seigneur de Saveille, pour Henri IV.
Henri IV, devenu roi en 1589, promulgue l’Edit de Nantes en 1598. C’est la paix religieuse. Mais après la mort d’Henri IV en 1610, les protestants ne sont plus protégés. La Rochelle fait obstacle à la politique d’unification menée par Richelieu. En 1627, les Anglais, sans déclaration de guerre, viennent occuper l’Ile de Ré. Les Rochelais, tout en se déclarant fidèles sujets du roi de France, cèdent à la tentation de faire défendre leurs privilèges par le roi d’Angleterre.
Après la famille de La Rochefaton, la terre de Saveille était destinée à tomber en quenouille. Jeanne de La Rochefaton épousa, vers 1600, Armand de Caumont, marquis de La Force, pair et maréchal de France, et lui porta en dot la terre de Saveille.
Une de leurs filles, Charlotte de Caumont La Force, hérite de Saveille et porte cette terre à son époux Henri de La Tour, vicomte de Turenne, maréchal de France. C'était le grand Turenne2 et Saveille compte ainsi, parmi ses divers possesseurs, un des plus illustres parmi nos hommes de guerre. Turenne avait reçu une éducation calviniste, mais il se convertira en 1668.
Le conseil d’État supprimait le 8 juin 1624 le temple de Saveille. Cette terre enclavée dans le diocèse de Poitiers avait été apportée en mariage à Armand de la Force par une zélée huguenote, Jeanne de la Rochefaton qui laissa cette seigneurie à François Prévost de Touchimbert. Le culte y avait été établi plusieurs années avant l’édit de Nantes et s’y célébrait dans une grange dépendant du château et appropriée à cet effet. Le ministre allait aussi prêcher à Villefagnan, Villiers, la Ferté, Montjean et Teil Rabier.
Paschal Le Coq
Des disciples de Calvin, le procureur Philippe Véron et le jurisconsulte Albert Bobinot, évangélisèrent des familles nobles de la région de Villefagnan. Comme celle des Le Coq, seigneurs de la Cantinolière où fut établi en 1614 un lieu de culte privé.
L’un des fils, Paschal, médecin à Poitiers, était idéalement placé pour propager sa foi, après l’édit de Nantes. Frère cadet de François Le Coq3, conseiller au parlement de Paris, il naquit à Villefagnan en 1567. Formé à Montpellier, nommé docteur à la faculté de médecine de Poitiers en 1597, il meurt le 13 août 1632, doyen de cette faculté et médecin ordinaire du roi, laissant plusieurs ouvrages sur l'histoire naturelle.
A noter que Le Jardin des Plantes de Poitiers a été créé en 1621, rue des Basses-Treilles (déplacé rue de la Marne depuis 1870), dans le jardin de Paschal Le Coq, doyen de la faculté de médecine, désireux d’offrir aux étudiants des cours de botanique appliquée.
Une rue porte dans cette ville le nom de Paschal Le Coq qui a eu une réputation bien établie. « Il épousa la fille de Saint-Vertunien (protestant convaincu) dont il eut trois enfants dont Paschal et Vertunien Le Coq, tous deux reçus médecins à Poitiers. Mais ses trois fils moururent avant lui, le premier en 1629, âgé de 25 ans ; le deuxième en 1624, âgé de 26 ans... Leur père mourut dans une honnête abondance avec l’estime générale de ses citoyens, et doyen de sa Faculté, le 18 août 1632, âgé de 65 ans. Il n’y a plus de descendants de ce docteur. Ceux du nom de Le Coq qui existent en Poitou, descendent de François Le Coq, son frère, conseiller au parlement. »
« Paschal Le Coq étoit d’une famille diftinguée par les richeffes, fon ancienneté & fa Nobleffe. Le Parlement de Paris a eu plusieurs Magiftrats de ce nom que je crois tous de là même famille que notre Le Coq. Il naquit en 1567 à Villefaignan en Poitou, près Ruffec, fur les frontières de cette Province & de la Saintonge. Il fe livra de bonne heure à l’étude de la Médecine & parcourut les Univerfités se perfectionner ».


Paschal Le Coq honoré
En 1998, une grande fête avait été organisée à Villefagnan pour célébrer le 400e anniversaire de l’édit de Nantes. Une belle plaque était apposée sur la façade de l’ancien presbytère protestant pour honorer Paschal Le Coq. « En présence de nombreux élus et personnalités… »

L’édit de Nantes et ensuite
L'édit de Nantes mit fin à près de quarante ans de guerres civiles ponctuées par de nombreux massacres entre la Ligue (parti catholique) et l'Union protestante. Après plusieurs tentatives de conciliation, Henri IV signe, le 13 avril 1598, l'édit de Nantes par lequel il reconnaît aux protestants la liberté de conscience. Malheureusement, Henri IV sera assassiné en 1610, par un Angoumoisins, le triste Ravaillac.
Les églises réformées croissent. Ainsi à Verteuil, avec pour annexes Villefagnan, Saveille et Ruffec. Mais la tranquillité des protestants n’était pas garantie. Ceux de la R.P.R. ou « religion prétendue réformée », devaient faire face à l’injustice et à l’arbitraire. Il fut interdit aux huguenots de manger de la viande les jours défendus par l’église romaine.
Le diocèse de Poitiers lance une inspection lors des Grands Jours de 1634 (cour exceptionnelle de justice). Les commissaires mettent l’accent sur les paroisses où l’influence des huguenots occasionne des troubles. Lors de l’inspection de la paroisse de Souvigné dans la région de Ruffec, les commissaires notent que la paroisse est aux mains du Sieur de Bussac, gentilhomme huguenot. Ils écrivent : « Estans entrée dans l’église, l’avons trouvé couverte, mais du reste en pitoyable état... les autels tout à nu... les fenêtres sans vitres et ladite église même polluée par la sépulture de deux corps de la religion prétendue réformée, inhumés depuis sept ou huit mois au milieu du cœur devant le grand autel » Le seigneur de Souvigné avait fait brûler le prieuré jouxtant l’église.
Des actes d’abjuration ont été dressés à Villefagnan durant les années 1668 à 1679. Une façon pour l’Eglise romaine d’attirer à elle des populations déjà effrayées par les persécutions. Les abjurations se faisaient souvent en public pendant la messe ou les vêpres, à la suite d’une mission de capucins ou de révérends pères jésuites.
« Le 18 juillet 16694, Jeanne Bouyer, âgée de 25 ans, fille de feu André Bouyer, apothicaire, après avoir été interrogée dans l’église de Villefagnan par le révérend père Hyacinthe de Saint-Maixant, prédicateur capucin, a reçu l’absolution de l’hérésie en présence de dix-sept prêtres qui ont apposé leur signature à son acte d’abjuration. Qu’on se figure l’éclat de cette cérémonie qui avait rassemblé tout le clergé des communes environnantes, le son de cloches, l’imposante procession parcourant les rues pour effrayer et humilier les hérétiques, le triomphe des persécuteurs et la tristesse des protestants qui possédaient encore, mais pour fort peu de temps, leur temple et leur pasteur. Au mois de septembre de la même année, les révérends pères jésuites d’Angoulême, après avoir fait une mission à Villefagnan comptaient sans doute y avoir remporté de grands succès. Le jour ayant été fixé pour les abjurations, l’acte fut rédigé d’avance, et plusieurs lignes laissées en blanc pour inscrire les noms des nouveaux convertis. On les y voit encore. Une fille qui ne savait pas même signer son nom, eut, seule, le triste courage de l’apostasie, les autres s’étant esquivés ou rétractés au dernier moment. Une pauvre femme, Catherine Roussaud après avoir abjuré s’en était repentie, elle fut poursuivie par le procureur du roi et un décret de prise de corps lancé contre elle. La peur la fit abjurer de nouveau. La tradition a conservé le souvenir des terribles dragonnades. »

Le temple bâti en 1564 fut démoli par les dragons de Louis XIV en 1683. L’année précédente, le 8 septembre 1682, le pasteur Jacob Roussier était en chaire lorsqu’on vint lui signifier l’arrêt du Conseil par lequel l’Eglise de Villefagnan était interdite. Après la démolition du temple, les protestants se réunirent dans les bois ou dans les champs, on dit : au désert5 en référence à cette époque où le protestantisme était censé ne pas exister.
Se déroule alors une lutte « fratricide » entre certains curés et les protestants, lesquels ne peuvent être inhumés dans les cimetières catholiques. Les frais d'acquisition d'un lieu de sépulture séparé vont désormais retomber exclusivement sur les réformés. Par arrêt du 20 mars 1626, le parlement de Paris tranche la question et décide que les catholiques ne sont pas obligés d’acheter des places pour servir de cimetière aux religionnaires. De même, l'évêque de Poitiers obtient de la Cour « présidiale », puis de la Cour de Paris en 1652, que les réformés de Villefagnan achètent une place à leurs dépens. A cette nécessité pour les réformés d'assumer seuls l'acquisition du terrain, il faut ajouter des formalités obligatoires : ils ne peuvent convertir une parcelle de terre, ou un domaine, en cimetière sans qu'ils soient examinés par les officiers royaux. On ne tolère plus qu'un lieu de sépulture protestant soit contigu au champ de repos des catholiques.
Des locaux émigrèrent vers le Canada et les Antilles de 1638 à 1725. Mais le doute subsiste sur leur religion, car parfois, comme à Embourie, la cause du départ pourrait être le froid extrême de l’hiver 1709.
Puis, pour hâter les conversions, on invente les dragonnades6. « Ce fut en Poitou, province pleine de protestants, que, dès l'année 1681, Louvois fit l'essai de ce moyen terrible de conversion, plus tard connu sous le nom de dragonnades. Par sa lettre du 18 mars 1681, il annonçait à l'intendant que d'après les ordres du roi il envoyait en Poitou un régiment de cavalerie7. Sa Majesté trouvera bon que le plus grand nombre des cavaliers et officiers soient logés chez les protestants ; si, suivant une répartition juste, les religionnaires en devaient loger dix, vous pouvez leur en faire donner vingt. » Mme de Maintenon écrit à son frère le 19 mai 1681 : « Je crois qu'il ne demeurera de huguenots en Poitou que nos parents ; il me paroit que tout le peuple se convertit ; bientôt il sera ridicule d'être de cette religion-là ». Toutes les vexations étaient rendues possibles. « On frappa les religionnaires dans leurs droits civils, dans l'exercice de leur religion, dans l'éducation de leurs enfants. Les peines les plus rigoureuses furent édictées contre les relaps8. Devant ces mesures, les Calvinistes s'expatrient. Un nouvel édit leur défend de sortir du royaume, sous peine des galères et de confiscation de biens. La persécution, qui se ralentit pendant la guerre de Hollande (1670-1678), recommence avec une nouvelle fureur. La caisse royale, qui se vidait pour payer la conversion des uns, se remplissait de la fortune des opiniâtres. Au zèle des dévots, du clergé, des missionnaires, des congrégations, pour l'anéantissement de l'hérésie, on imagina de mêler du militaire. La présence des dragons orthodoxes allait faire merveille dans les provinces de l'Ouest. »
Toute religionnaire9 opiniâtre, toute nouvelle convertie suspecte était enlevée à sa famille et conduite au couvent. On n’y enfermait guère que les femmes ou les jeunes filles dont les maris et les parents pouvaient payer la pension. Cette pension était purement arbitraire, proportionnée qu’elle était au chiffre présumé de leur fortune.
Il existe un relevé des conversions opérées par les dragonnades en 1681 et inscrites dans le rôle des nouveaux convertis de Poitou à la foi catholique depuis le mois de février 1681, pour le diocèse de Poitiers, l’archiprêtré de Bouin et des paroisses de : Villefagnan, 114 ; Hanc, 10 ; Brettes, 3 ; Melleran, 6 ; Empuré, 28 ; Loubillé, 4 ; Lorigné, 7 ; Paizay-Naudouin, 35 ; Longré, 2 ; Theil-Rabier 28 ; Tessé-la-Forêt ; 9.

Ces conversions étaient obtenues de force, ou contre de l’argent en 1681. « Daniel Cornut, 40 ans, laboureur à bras à Villefagnan, il peut y avoir 3 mois qu’il a fait abjuration de l’hérésie de Calvin. Quelques temps après, étant au devant la porte de sa maison, son voisin Chafaud serait sorti de sa maison et lui aurait dit beaucoup d’injures en l’appelant larron, cornard. Et qu’il était un voleur, qu’il s’était converti pour avoir de l’argent, et que s’il avait valu quelque chose, il ne se serait point tourné catholique ».

Le rapt, depuis longtemps en usage dans les diocèses de la France, était devenu légal. Un édit de 1681 permettait aux enfants âgés de sept ans de faire abjuration de la religion prétendue réformée « sans que les pères et mères et autres parents y puissent donner le moindre empêchement sous quelque prétexte que ce soit ».
« Non seulement les protestants doivent avoir des cimetières qui leur sont réservés10, mais encore toute une série de limitations s'imposent à eux, tant pour l'établissement de ce champ de repos que pour le régime des inhumations. »

Révocation de l'édit de Nantes
La révocation de l'édit de Nantes, par Louis XIV, en 1685, fait disparaître les Églises réformées en France et contraint les protestants à la clandestinité ou à l'exil. Ceux-ci perdent ainsi leur identité sociale.
A Villefagnan… c’est l’enfer ! Le curé se déchaîne contre les religionnaires. Le 22 décembre 1703, Coussière, curé de Villefagnan, écrit à Monseigneur Rouillé, intendant pour sa majesté en la Généralité de Limoges : « … Il est décédé depuis peu de jours le nommé Pierre Pourrageau, marchand, fort âgé, du village de Pailleroux, lequel refusa de recevoir les sacrements de l’église à quoi je l’ai pressé et sollicité, me disant qu’il voulait mourir dans la religion calviniste qu’il avait toujours professé. Il mourut, ensuite fut enterré dans son jardin11. La nommée Pouyaud, femme du nommé Caute, boucher de ce bourg, est décédée sans que j’ai été averti par son mari ni ses enfants qui étaient auprès d’elle. Elle n’avait jamais fait de son vivant aucune démarche à l’église. Elle a été enterrée dans son jardin. »

Le curé de Villiers-le-Larron (le Roux) s’y met aussi. Le 2 août 1704, il écrit au Procureur du roi à Angoulême. « J’ai appris que monsieur le Curé de Villefagnan avait été à Angoulême déposer contre Pierre Pourageau, nouveau converti de sa paroisse... Je souhaiterais de tout mon cœur qu’il y eut quelque exemple afin que nos paroissiens puissent en profiter (sic) car je peux vous assurer que ce n’est pas le seul qui est mort dans nos paroisses sans sacrements et ne pouvant trouver de témoins pour nous accompagner dans les visites que nous leur rendons, à cause du peu de catholiques qu’il y a, ou des menaces que les gens leur font. »
La déclaration du 29 avril 1686 ordonnait qu’un procès soit fait aux cadavres de ces apostats qui refusaient l’absolution catholique.

Villefagnan petite Genève
En 1725, Gervais, lieutenant criminel au présidial d’Angoulême, notait : « Villefaignant est encore une espèce de Genève. Presque toutes les familles sont des religionnaires, et les nouveaux convertis, qui ne l’ont été que par autorité ou considération humaines, y font très mal leur devoir ».

Le 20 février 1729, Louis Degennes, curé de la paroisse de Villefagnan (et de la Chèvrerie son annexe), alla, quelque temps après vêpres, avec son sacristain au lieu de La Tour-au-Vilain, en la maison du sieur Pouyaud Desbroue, sachant que Anne Bertaud, sa femme, était malade, alitée. S’étant approché du lit de ladite Bertaud, il lui offrit le sacrement de confession qu’elle refusa plusieurs fois. Pouyaud dit que sa femme ne se confesserait point, qu’ils avaient liberté de conscience, et aussi plusieurs duretés pendant les deux heures que le curé y resta. De quoi le curé a rendu sa déposition devant le juge de Villefagnan.
« On arracha les enfants des bras de leurs mères12, on les enferma dans les hôpitaux, dans les prisons, dans les couvents. En 1718, le curé de Villefagnan dénonça comme protestants opiniâtres trente jeunes filles de bonnes maisons âgées de dix à vingt-cinq ans. Cependant, on trouve à la même date dans la correspondance ministérielle la note suivante : Villefagnan est encore une espèce de Genève sur les confins d’Angoumois et de Poitou, presque toutes les familles de ce lieu sont des religionnaires et les nouveaux convertis qui ne l’ont été que par autorité ou considérations humaines, y font très mal leur devoir. On y a eu une attention particulière à procurer l’instruction des enfants dans la religion catholique, mais pour y parvenir on a été obligé de les tirer souvent d’entre les mains de leurs parents qui les élevaient dans les préjugés du calvinisme, on y a mis en dernier lieu deux filles au couvent de l’Union à Angoulême. Cela a opéré un bon effet, mais ce n’est pas suffisant pour ces brebis égarées qui ont besoin d’être ramenées par de nouveaux exemples ».
Le comportement du curé de Villefagnan finit par déranger en haut-lieu. Une dénonciation de ce curé avait abouti à l’emprisonnement de plusieurs protestants de sa paroisse. « L’emprisonnement13 et la relégation des sieurs et dame d’Anville (La Ferté) à Angoulême ont redoublé le zèle déjà très vif du curé de Villefagnan. Il m’accable de lettres et me dénonce presque tous ses paroissiens. Je vous prie de lui faire dire de ma part que ce n’est pas en leur faisant une guerre ouverte qu’il les convertira. »
Dès la fin des années 1760, des voix se font entendre pour réclamer une reconnaissance légale des non-catholiques. Le problème le plus urgent est celui de l'état civil, en particulier celui des mariages juridiquement nuls dès lors qu'ils ne sont pas célébrés à l'église, et donc à l'origine de nombreuses contestations.
Mais cette tranquillité devait encore être troublée. Une nouvelle loi sur le recrutement militaire apportait un nouveau moyen de vexation. Quiconque ne pouvait pas fournir la preuve de son mariage était sujet à la milice14. L’état civil étant encore entre les mains des curés, les unions contractées « au désert » pouvaient être considérées comme nulles.
Le culte se faisait de jour en plein air. Les protestants de Villefagnan furent les premiers qui, en 1762, achetèrent une maison pour se réunir. Pendant cinq années, ils en jouirent normalement. Obligés de le revendre, en 1769 ils achetèrent une grange pour en établir un nouveau.

L’inscription ci-dessous figure sur une tombe au logis de La Ferté.
Le 22 octobre 1644
Mourut icy dans sa maison Messire Gabriel Goulard chevallier en l’honneur
Duquel Ieane Boisceau sa veuve a faict bastir ce lieu de sepulchre pour mémoire
Et témoignage autant que ces choses périssables le peuvent du respect qu’elle
A deu et voulu rendre a la mémoire de Monsieur son mari duquel la fin feut
Douce après vie chrétienne et pleine dhoneur et ses dernières paroles ont
Este Seigneur Jesus Chrits je remets mon esprit entre tes mains


Son fils, Alphée Goulard fut renfermé à la Bastille le 12 avril 1686 par lettre de cachet « parce qu’il était fort mauvais catholique, et qu’il écrit plusieurs choses désavantageuses dans les pays étrangers ».
 

Ancien temple (1769).

En 1769, le temple15 fut installé dans une grange rue des Audias. «Le temple était une image trop fidèle de l’état spirituel des protestants. Partout le délabrement, l’abandon, la ruine ! C’était la moitié d’une grange, située dans le faubourg le plus sale et le plus retiré du bourg. Point de bancs, quelques planches mal assujetties, quelques escabeaux servaient de siège à un auditoire toujours de moins en moins nombreux. La chaire était aussi peu solide que les bancs » précisait le pasteur Picanon en 1873 pour inciter la population à faire des dons pour l’érection d’un nouveau temple. « Nous vous supplions au nom du seigneur de prendre généreusement part à cette bonne œuvre.»

Note :
Désaffection de l'ancien temple
Le conseil municipal se voit informé de la lettre du préfet de la Charente en date du 9 avril 1931 accompagnant la dépêche ministérielle du 2 avril 1931 et demande 1. la désaffection du temple protestant de la rue des Audias et sa mise en vente par l'intermédiaire de Me Colas, notaire, 2. que le produit de la vente soit versé intégralement à la caisse municipale.


L’école
Sous l’Ancien Régime, un édit d’avril 1695 et une déclaration du 13 décembre 1698 exigeaient qu’il soit établi une école d’enseignement élémentaire dans chaque paroisse afin d’éradiquer le protestantisme.
L’enseignement était souvent dispensé au domicile du régent (instituteur), sinon au presbytère. Le régent, installé par le curé, enseignait sous son contrôle, et moyennant rétribution, des rudiments de calcul, de lecture et d’écriture. Lorsque la largesse du curé le permettait - surtout si ce dernier entrevoyait quelque vocation ecclésiastique renforcée d’une intelligence hors du commun - les familles pauvres pouvaient espérer faire instruire l’un des leurs.
Le curé de Villefagnan rencontrait cependant quelques difficultés à faire respecter la loi.
Coussière, curé de Villefagnan adresse le 22 décembre 1703 cette lettre à Monseigneur Rouillé, intendant pour sa majesté en la Généralité de Limoges, en son hôtel à Angoulême.
« Monseigneur de Poitiers aurait fort à cœur, Monseigneur, que ce fût un prêtre qui tient les petites écoles à Villefagnan et qui perçoivent par conséquent la pension du Roi.
Ils s’acquittent mieux de cet emploi qu’un laïque.
Il serait d’une utilité considérable à cette grosse paroisse qui aurait besoin de deux prêtres. Les habitants le souhaiteraient, même chargés qu’ils soient par d’autres taxes, paieraient encore volontiers la susdite pension. »
Outre l'école primaire publique obligatoire depuis la loi Guizot de 1833, il existait au XIXe siècle à Villefagnan, une école primaire privée catholique, et, originalité pour le Nord-Charente, une école primaire privée de confession protestante qui sera intégrée à l'école publique ensuite.

Le retour à la tolérance
En 1785, La Fayette, de retour de la guerre d'Indépendance américaine, milite en faveur de l'émancipation des protestants français. Il entre en contact avec le nouveau député général des Églises du Désert, le pasteur Rabaut Saint-Étienne, qui, par son intermédiaire, rencontre le ministre d'État Malesherbes, favorable de longue date à l'idée d'un mariage civil pour les protestants.
En signant, le 29 novembre 1787, l'Édit de tolérance, le roi Louis XVI accorde aux protestants un état civil. Il leur assure le droit d'exister dans le royaume, sans y être troublés sous le prétexte de religion.
L’édit de 1787 ne répondait pas à tous les besoins et à tous les vœux des protestants. Un reste de servitude continua à peser sur eux. Ils ne purent parvenir à aucune fonction judiciaire. La carrière de l’enseignement leur demeura fermée. Ils n’obtinrent que le droit de vivre en France sans être inquiétés pour cause de religion, la permission de se marier légalement devant les officiers de la justice, l’autorisation de faire constater les naissances devant le juge du lieu, un règlement pour leur sépulture.
Le 21 août 1789, l’Assemblée constituante renversa les barrières qui s’étaient opposées jusqu’alors à l’admission des protestants aux charges de l’État. Elle déclara solennellement que tous les citoyens étant égaux aux yeux de la loi, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents. Deux jours après, dans la séance du 23 août, elle proclama le grand principe de la liberté absolue des cultes en décrétant que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble point l’ordre public établi par la loi ».
Ils étaient environ 400 fidèles à Villefagnan en 1807 à l’aube du XIXe siècle, quand l’église protestante de Villefagnan relevait du consistoire de Melle. « De temps en temps, des pasteurs venaient en visite… En leur absence, un ancien lisait des prières le dimanche. Peu à peu la jeunesse se porta à l’église romaine. »

Les temples
Le premier des temples fut érigé en 1564 sur un terrain situé sur le fief de La Ferté, et donné par Desroches Le Coq. Un lieu de culte fut également installé en 1614 à la Cantinolière.
Le temple bâti en 1564 fut démoli par les dragons de Louis XIV en 1683, puis vendu ainsi que le cimetière attenant.
Mais le culte pouvait se dérouler le jour « sans publicité » comme celui surprit à la Serpaudrie en 1697, ou la nuit dans des granges, voire discrètement chez les fidèles.
« L'un des manuscrits de cette époque, déposé à la mairie, contient 277 actes de baptêmes et mariages célébrés, ainsi que cela est écrit au bas de chacun de ces actes, au désert, en présence de témoins » depuis 1759, par MM. les pasteurs Gamain, Pougnard, Tranchée, Métayer, Gibaud, Jarousseau et Gobinaud, écrivait encore le pasteur Picanon, les souvenirs du passé sont encore vivants dans toutes nos campagnes on montre les différents endroits où se tenaient les assemblées du désert. Deux vieillards baptisés dans ces assemblées existent encore. La robe des pasteurs du désert avait été conservée avec soin ».
Les protestants de Villefagnan avaient acheté en 1762 une maison au sieur Laprade, pour en faire un temple. Mais le curé le jugeait trop près de l’église. « Le curé s’étant plaint, Turgot, Intendant de Limoges, au lieu de faire brûler ou démolir la maison avertit un gentilhomme protestant, M. de Romefort16, et lui conseilla d’engager ses coreligionnaires à vendre le bâtiment à un catholique. »
Le culte se réfugie temporairement à Fontegrive.
Dès 1769, les fidèles achèteront un autre local (rue de l’ancien temple) avec l’argent du premier : « La moitié d’une grange ». Les fidèles étaient environ 400 lors de la Révolution. Ce temple, construit avant le concordat, deviendra propriété communale selon la loi de séparation des églises et de l’état promulguée en décembre 1905. Délabré et inutile, il fut revendu en 1936.
 

Le 27 octobre 1875, le pasteur Picanon était heureux de pouvoir inaugurer un nouveau temple. Un événement de la première importance pour les fidèles, pour un édifice qui ressemble à une petite église comme on en déniche dans les pays d’Europe de l’Est.


Le pasteur Auguste Etienne Picanon
Le temple actuel serait au moins le 5e édifié sur la commune. C’est l’œuvre du pasteur Picanon qui exerça son ministère à Villefagnan de septembre 1864 à septembre 1898.
Auguste Etienne Picanon est né le 20 février 1822 à Moulins (Allier) où il fut pasteur vers 1844. Il avait épousé Henriette Berthoud, née à Saint-Quentin (Aisne) le 18 mars 1831, et décédée à Cozes (Charente-Maritime) le 14 juin 1923. Auguste Etienne Picanon est décédé à Villefagnan le 16 septembre 1898. Les époux sont inhumés dans le carré des protestants du cimetière de Villefagnan, route de Sauzé-Vaussais. « Homme d’une prodigieuse activité, il réussit à faire renaître la foi dans cette campagne longtemps abandonnée et, grâce à des collectes et des appels, à réunir les fonds nécessaires à la construction d’un nouveau temple, qui fut inauguré le 27 octobre 1875. »

Tombe des époux Picanon (cimetière Villefagnan, carré des protestants).
 
Son fils, Edouard Picanon, est né le 2 septembre 1854 à Chemilly (Allier). Il était employé du ministère de la Marine, il fut inspecteur général des colonies, lieutenant gouverneur de la Cochinchine. En 1900, il se voit nommé gouverneur de 1re classe des colonies, et poursuit ses fonctions de lieutenant gouverneur de la Cochinchine.
Ensuite on le retrouve en Nouvelle-Calédonie. Pendant la première guerre mondiale, en 1916 il fut dépêché en Afrique pour mobiliser des recrues. « On a convoqué les chefs de village pour qu’ils fournissent des hommes au recrutement… »


Edouard Picanon laisse son nom à une vedette des douanes : « Le Directeur Picanon, vedette des douanes d'Indochine, a été construit par la Société de Constructions Navales Mécaniques de Haïphong en 1938. Réquisitionné par la Marine Nationale le 20 octobre 1939 comme baliseur, il sombre début octobre 1944 lorsqu'il est pris dans un typhon au large du cap Mui-Dong ».

Deux carillons distraient le clocher nord.
Le temple du pasteur Picanon
Le pasteur Picanon a mobilisé durant son ministère les vieilles familles de la religion réformée - et parfois des catholiques - qui ne disposaient pour le culte que d'un ancien temple. « Le temps est venu de faire un pas en avant, d'élever à la gloire de Dieu un temple plus convenable et mieux situé que le local qui nous en a tenu lieu jusqu'ici » disait-il.
Le plan du nouveau temple est rectangulaire. Deux tours clochers carrées (10 m de large sur 3,50 m) ont été collées en façade pour clore l'abside pentagonale (la nef et l'abside totalisent 15 m par 7,30 m). Ces deux tours élancent la silhouette et distinguent le monument. L'architecture se rapproche de celle d’une église catholique.




Le temple était inauguré le 17 octobre 1875.
 


« 1982, le 13 juillet, un orage de grêle s’abat sur le secteur détruisant les récoltes et n’épargnant pas la toiture du temple, a rappelé Géo Lancelot, le 31 décembre 1999, la tempête ravageait la France, nos vitraux furent fortement endommagés ».

La toiture et la voûte ont été refaites en 1983-1984, suite aux dégâts causés par la grêle. Cet édifice aux dimensions modestes présente l'apparence d'une église catholique, sa façade est dominée par deux flèches jumelles. « Il mêle l'exubérance propre aux édifices néo-gothiques et une simplicité toute protestante dans son expression. »


L’édifice a été inscrit monument historique ainsi que son décor intérieur (éléments protégés) par décret du 26 octobre 1998. Il est la propriété de l'ERCA (église réformée de Charente) 17.


Les vitraux ont été restaurés par Anne Pinto et André Morteau.






 
Le 11 septembre 2005, la paroisse protestante a fêté le renouveau de son temple à Villefagnan. « La toiture fut refaite grâce à l'énergie du pasteur Jacques Vernier, les vitraux merveilleusement refaits à neuf grâce à la maestria d'Anne Pinto et d'André Morteau » indiquait Géo Lancelot devant l’assistance. Solide, le monument bénéficie d'un ravalement. La commune, et quelques communes alentour, le conseil général, l'Etat, la paroisse ont apporté leur obole pour permettre ce renouveau.
A l'arrière du temple, avant 1905, des locaux auraient abrité une petite école protestante.
 



 

Il règne un bel esprit de sobriété dans ce temple qui semble s’inspirer de l’architecture des belles églises catholiques de l’Europe de l’Est.
Ses vitraux méritent que l’on prenne le temps de les admirer, notamment celui où figure « la bible illuminée ».

« Le temple de Villefagnan a de nouveau retrouvé fière allure pour accueillir le culte, le 2e (et 4e) dimanche chaque mois. Géo Lancelot, qui accompagne le pasteur dans son ministère, se voit maintenant débarrassé des soucis d'infrastructure, et peut se consacrer entièrement à ses chères études bibliques. » (Y. Sauteraud) Le temple du pasteur Picanon est désormais entièrement restauré.
 

Les cimetières des protestants
Pas question antan d’inhumer des protestants dans un cimetière catholique ! Les inhumations clandestines se faisaient parfois dans le jardin du défunt. Un exemple est cité dans ce recueil à La Chèvrerie. Des tombes ont été retrouvées dans l’allée qui menait autrefois au logis de Chassagne. Il en existait également, il n’y a pas si longtemps, à La Ferté. Mais l’usage de petits cimetières familiaux, à l’ombre de pins parasols, comme on l’observe dans le Mellois, ne s’étendra pas ici.
A Villefagnan, le cimetière des catholiques se situait à l’emplacement du champ de foire. Le dernier cimetière des protestants18 fermait la rue de la chapelière. Cette dernière, sans issue, ne débouchait pas comme maintenant sur la route de la Magdeleine.
Comme l’exigeait une ordonnance de Louis XVI en 1777, si à cette époque le cimetière catholique avait été transféré à plus de 100 toises (200 mètres) hors du bourg, il se peut que le cimetière des protestants, assez isolé, ait été conservé dans le quartier de la Chapelière.
Il faudra attendre 1815 (?) pour voir créer un nouveau cimetière, route de Sauzé-Vaussais. D’un même élan, les tombes des catholiques et des protestants y furent transférées. Un carré avait été réservé au nord « pour ceux de la religion réformée ».
 

Porte des protestants.

Outre la porte principale, deux portes étaient prévues pour donner l’accès au cimetière. Au sud pour les catholiques, au nord pour les protestants. Mais, signe des temps, et de réconciliation, ou par facilité cette dernière ne sera pas utilisée. Les morts des deux religions feront « porte commune ».
Lorsque la municipalité décidera vers 1880 de trouver un abri pour loger le corbillard de la commune, des voix proposeront de construire dans le cimetière un petit bâtiment derrière la porte des protestants. Ce qui fut fait sans protestation.
Le carré des protestants existe encore. Mais la place manquant, l’usage de se faire inhumer au milieu des siens tend à disparaître.

Bibliographie
  • Docteur Yves Sauteraud, Villefagnan, aperçu historique, 1979.
  • Histoire des protestants charentais, éd. le Croît Vif, 2001.
  • A.-E. Picanon, pasteur, notice historique de l'église de Villefagnan, 1873.
  • Auguste-François Lièvre, histoire des protestants et des églises réformées du Poitou, 1858.
  • Extrait des Chroniques protestantes de l’Angoumois, XIXe.
  • Georges Frédéric Goguel, histoire et statistique des Eglises réformées ou protestantes du département de la Charente, 1836.
  • Alphonse Jobez, la France sous Louis XV (1715-1774).
  • Frédéric Lichtenberger, encyclopédie des sciences religieuses, 1877.
  • Gervais, statistique de l’Angoumois, XVIIIe publié fin XIXe.
  • Monuments historiques, notice PA16000010, 1998.
1 Le séjour de Calvin en Angoumois est assez bien connu.
2 10 novembre 1611 - 28 juillet 1675.
3 Son fils Pascal, et sa femme Marie Beringhem furent emprisonnés.
4 Bulletin historique et littéraire de la Société de l'histoire du protestantisme français (France), 1867.
5 Assemblées dans des lieux éloignés et discrets : champ des protestants, du désert.
6 Histoire des Français, page 329, de Jean-Charles-Léonard Simonde Sismondi, 1847.
7 Des dragons logés au frais de l’habitant et se conduisant affreusement.
8 Ceux qui après avoir abjuré, revenaient au protestantisme.
9 Chronique protestante de l'Angoumois de Victor Bujeaud.
10 Les morts, l'église et l'état par Fernand Lanore.
11 Précision importante, les morts étaient inhumés la nuit (au début ou à la fin), et sans témoins.
12 Extrait des Chroniques protestantes de l’Angoumois.
13 La France sous Louis XV (1715-1774) par Alphonse Jobez, page 367.
14 Ancêtre du service militaire.
15 On aperçoit encore sa façade, rue de l’ancien temple…
16 Gaspard Pandin de Romefort fut exilé à quinze lieues de chez lui en 1745 pour avoir assisté à des assemblées du désert.
17 L'association cultuelle protestante d'Angoulême déclarée le 30 mars 1906 sous le nom d’« Eglise réformée évangélique d'Angoulême » décide de former sous le nom d'ERCA, « Eglise Réformée Consistoriale de L'Angoumois », une seule paroisse, le 1er octobre 1966. Il s'agit des deux cantons d'Angoulême, des cantons de Montbron, Villebois-Lavalette, Hiersac, Mansle, La Rochefoucauld, Ruffec, Saint-Amant-de- Boixe, Villefagnan et de l'arrondissement de Confolens.
18 Il semble qu’un autre cimetière ait existé, puis fut interdit.
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