La réforme en Angoumois,
les premières prédications

Etudes locales, février 1926.
Dès le mois d'octobre de l'année 1532, Calvin, pour se soustraire à la persécution, s'était réfugié, sous le nom de Charles d'Espeville, dans la maison de Louis Dutillet, chanoine d'Angoulème et curé de Claix. Calvin n'avait pas encore rompu tous les liens qui le retenaient à l'Eglise. Menant une vie fort retirée dans l'asile qui lui avait été offert, voué tout entier à l'étude de la théologie, il y posa les fondements de son Institution chrétienne. Ses loisirs, il les passait dans la société de quelques familles honorables, parmi lesquelles Florimond de Roemond cite celle des la Place. Son intimité était grande surtout avec l'abbé de Bussac, Charles Girault, d'Auqueville, Antoine Chaillon, prieur de, Bouteville. Ils se réunissaient fréquemment dans la maison de Girac, près d'Angoulême. «Là, Calvin les entretenait des desseins de son institution, leur faisant ouverture des secrets de sa théologie» (Histoire, statistique des Eglises réformées du département de la Charente). Plusieurs fois même il composa des exhortations que Dutillet se chargea de faire lire, au prône, à Angoulême et dans les paroisses environnantes. Il lui enseigna le grec ainsi qu'à ses frères, un instant suspectés d'hérésie, mais dont l'un devint greffier au parlement, et l'autre, évêque de Meaux.
Calvin avait quitté Angoulême, mais, obligé une seconde fois de s'enfuir de Paris, il revint dans l'Angoumois se cacher, à Saint-Saturnin, puis dans les grottes de la Roche-Corail (1534).
Poursuivi jusque dans cette retraite et décidé à sortir de France, il avertit Louis Dutillet de sa résolution. Dutillet, alors plein d'enthousiasme et de foi, ne put se résigner à une séparation, et, sous le nom de Haulmont, il suivit son ami à Bâle, en Italie, à Strasbourg. Puis, tandis que lé réformateur, rappelé en France par des affaires de famille, faisait un voyage à Noyon, l'ancien curé de Claix se rendit à Genève. Calvin l'y retrouva faisant profession publique de protestantisme. Peu de temps après, il rentra en France et vint à Strasbourg où il rejoignit son frère Jean Dutillet, depuis évêque de Meaux, qui sut le décider à retourner dans l'Angoumois et à reprendre ses anciennes fonctions. Louis fit une abjuration éclatante, mais il crut devoir prévenir les reproches de Calvin et de Bucen et il leur exposa, dans plusieurs lettres, les motifs de sa conversion (Lettres de Calvin, publiées par Bonnel). D'Auqueville était, lui aussi, rentré dans le giron de l'Eglise catholique.
Calvin avait laissé néanmoins sur son passage des germes qui, devaient se développer. A Poitiers, où il s'était arrêté avec Dutillet, en 1534, sa doctrine trouva de nombreux partisans dans la magistrature et dans les écoles. On remarquait, parmi ses adhérents, le procureur Philippe Véron, le jurisconsulte
Albert Babinot, l'avocat Jean Boisseau de la Borderie, les écoliers Jean Vernon et Pierre de la Place, frère cadet du sieur de Torsac. Ce furent Vérou, Babinot, Saint-Vertunien qui introduisirent la réforme à Villefagnan.
Les habitants du Bas-Poitou, artisans, sergiers, tisseurs de draps, accueillirent les premiers l'idée évangélique. Les dénonciations, les perquisitions les plus actives, les mesures les plus rigoureuses, les condamnations au supplice du feu, rien ne put arrêter l'accroissement de la foi, ralentir le zèle de ceux qui couraient le pays portant partout les nouvelles de la vérité. En Saintonge, la réforme prêchée par Hamelin et Léopard,'s'était propagée au milieu des persécutions. Les magistrats de la ville de Cognac, effrayés de ses progrès, avaient demandé l'établissement d'un tribunal ecclésiastique. Cet expédient ne réussit pas. Dès 1544, les conversions s'étaient tellement multipliées que François Ier manda de nouveaux ordres au gouverneur du Poitou.
«Monsieur de Lude, écrivit-il, j 'ai été averti que de La Rochelle et des environs il y a plusieurs grands personnages grandement tachés et infectés de ces maudites et damnées erreurs luthériennes, qui se sont mis ensemble par troupes, vont par le pays, faisant infinis scandales et semant parmi le. peuple leur malheureuse et damnée doctrine, chose qui me déplaît. Pour cette cause, j'écris au lieutenant du Poitou qu'il ait à diligemment et secrètement, s'informer qui sont les dessus dits et contre ceux qu'il en trouvera chargés fasse procéder à les prendre, châtier et punir si étroitement et rigoureusement que ce soit, exemple et terreur à tous les autres.»
En même temps, il renouvela ses édits contre les réformés.
Il en fit faire de grands feux et n'en épargna, selon Brantôme, aucun de ceux qui vinrent à sa connaissance.
Marguerite, au contraire, continuait à les couvrir de sa protection, à les secourir de ses aumônes. On la vit assister au prêche que fit Jean de Saint-Gelais, dans une abbaye de Saint-Maixent, le 5 avril 1544.
Jusqu'alors, la marche de lai réformation avait été peu sensible dans le diocèse d'Angoulême. A La Rochefoucauld, les protestants commençaient à se compter. Quelques madones brisées, pendant une nuit du mois de janvier 1545, donnèrent lieu à des poursuites qui furent dirigées contre deux ecclésiastiques, Jean et Elie, soupçonnés de calvinisme, et contre les nommés Pierre Tachier et Guillaume Bouhier qui furent arrêtés. Ces mutilations des statues de la Vierge et des Saints se renouvelaient chaque nuit par toute la Farnce. Le clergé lui-même en était le plus souvent l'instigateur, car c'était un moyen de provoquer les murmures et la haine des masses contre les hérétiques, c'était, un prétexte d'accusation contre eux, c'étaient des occasions de cérémonies continuelles pour le rétablissement de ces objets du culte public.
Ces ruses jésuitiques durent avoir du succès au milieu d'une population naturellement inquiète et turbulente. La Rochefoucauld était alors la ville la plus importante d'Angoumois. Dominée par le château de ses nouveaux conites, elle était le marché centrât où s'assemblaient les acheteurs des provinces voisines. Les cultivateurs des paroisses de Champniers, Balzac, Vars, Mansle, Salles, Bayers, Verteuil, Ruffec y portaient leurs denrées, le chanvre, lé blé noir et le safran, qui était, l'objet d'un commerce considérable. Ceux du Périgord et du Limousin y conduisaient leur bétail. Elle fournissait le bois merrain, les futailles et les cercles à la Saintonge. Les produits de ses tanneries étaient fort estimés. La noblesse y trouvait de solides effets d'équipement. À leur génie industriel, ses habitants joignaient une grande activité d'esprit. Ayant une pente naturelle aux nouveautés, ils se plaisaient à des discussions qui, chez eux, dégénéraient trop souvent peut-être en chicanes. C'est à La Rochefoucauld que furent établies les écoles protestantes d'où sortirent beaucoup d'hommes remarquables qui furent pasteurs de la Saintonge et de l'Angoumois. Amis des. lettres et des arts, la famille de La Rochefoucauld exerça longtemps une influence salutaire dans cette petite ville aussi bien qu'à Verteuil, à Saint-Claud, Montignac et Marcillac.
La province d'Angoumois était unie à la Saintonge et au Poitou par la conformité du langage, des moeurs et des coutumes. Grâce à ce lien, la réforme, qui se serait peut-être localisée dans les villes et dans les paroisses frontières, pénétra plus avant dans la contrée. D'autres causes accélérèrent le mouvement religieux. Pendant que les bourgeois de la ville d'Angoulême, comblés de privilèges par les souverains, jouissant, dans la cité, de l'exemption de tous impôts et, au dehors, de l'exemption de la taille pour leurs maisons de campagne, pour leurs bois, prés et vignes, croyaient, comme le plus grand nombre que le trône était menacé par les doctrines de Calvin, que les intérêts de l'Eglise étaient inséparables de ceux de l'Etat tandis que, par reconnaissance envers la royauté, ils se faisaient un devoir de rester fidèles au catholicisme, les habitants des autres-villes et le peuple des campagnes n'avaient pas les mêmes motifs pour s'associer à la cause catholique.
Rançonnés par les gens de guerre, appauvris par les dîmes et les corvées, les paysans ployaient en outre, sous les impôts de toute sorte, et, de par les lois fiscales, étaient en butte à d'incessantes tracasseries et à d'affreuses vexations. Les aides, la maltôte du vin, la gabelle étaient particulièrement des objets d'horreur dans l'Aunis, la Saintonge et l'Angoumois.
Une insurrection, couvée dès longtemps, éclata sous le règne d'Henri II. Les habitants de Jurignac en donnèrent le signal. La révolte, organisée par Puyhiôreau, que les Peteaux, maîtres de Barbezieux, avaient nommé coronal de la Saintonge, prit des proportions formidables et gagna la Guyenne. Henri II en confia la répression au connétable de Montmorency, qui usa de terribles représailles.
«Le souvenir des atrocités dont le pays avait été le théâtre et la victime exerça une déplorable influence sur le caractère des habitants. A dater de ce moment, les populations se jetèrent, avec une espèce de frénésie, dans les voies d'opposition qui s'ouvrirent devant elles» (Géographie de Malle-Brun).
Le calvinisme se développa au coeur de la province d'Angoumois. La vente des gabelles, consentie par le roi (1553) et faite aux sauniers des pays du Poitou, Saintonge, Aunis, Angoumois, Limousin, Haute et Basse Marche, Périgord, ne changea rien à la situation. Les ordonnances de Charles IX, qui voulut faire arracher les vignes, achevèrent d'effrayer les cultivateurs et les propriétaires d'une contrée dont le commerce des vins faisait presque toute la richesse.
Enfin, il y avait, dans diverses localités de l'Angoumois et du Bas-Poitou, une population qui avait toujours manifesté une grande opposition à l'orthodoxie religieuse. C'étaient les descendants des Sarrazins et des Wisigoths qui s'étaient fixés autrefois dans le. pays. On les appelait cagots, gavaches, crestés, roussets, pierrasson, maurins. Tantôt agglomérés dans les villages du Temple, de Sigogne, de Péreuil, de Dirac, tantôt disséminés par bandes dans les vallées de La Couronne, de La Rochechandry, de Mouthiers, dans les landes de Blanzac, de Montmoreau, de Barbezieux, ou dans les environs de Verteuil et de Villefagnan, soit encore dans les paroisses de Segonzac, de Julienne, de Cognac, toujours associés et ne vivant qu'entre eux, ils exerçaient les métiers les plus pénibles et les plus insalubres. Ils extrayaient la pierre des carrières de Villairs, de Saint-Même, d'Auqueville, de Salles, d'Hiersac, de Voeuil. Parmi ces hommes, se recrutaient aussi,les ouvriers papetiers qui travaillaient aux moulins de Colas, Girac, Saint-Michel, Barillon, Cottier, Nersac, Montbrun. Ces colonies, persécutées elles-mêmes, se joignirent aux calvinistes et combattirent avec eux à Jarnac.
Extrait de la Chronique protestante de l'Angoumois, par V. Bujeaud.

Chanoine Chevalier, Verteuil sous la Réforme, Ruffec, Dubois, 1934.
Verteuil sous la Réforme
Au XVIe siècle, il y avait en Angoumois sept villes principales : Angoulême, Ruffec, Confolens, La Rochefoucauld, Cognac, Blanzac et Verteuil.
Au moment où commence la Réforme, Verteuil avait pour seigneur le comte François III de La Rochefoucauld, devenu protestant en 1557 à la suite de son mariage avec Charlotte de Roye, belle-soeur de Condé. D'autre part, Calvin, après avoir séjourné en 1534 à Angoulême, s'était rendu à Poitiers, ville d'Université. Il exerça une forte influence sur les étudiants, futurs sénéchaux et procureurs, dont plusieurs étaient originaires de Verteuil et y apportèrent les ferments du calvinisme.
Le premier ministre de l'Eglise réformée de Verteuil fut un ami et disciple dé Calvin; le quatrième, Jean Colladon, le fils d'un des juges de Michel Servet. Propagée par des admirateurs de Calvin, protégée par les seigneurs, la Religion prétendue Réformé (RPR), devait faire à Verteuil de rapides progrès.
La baronnie de Verteuil comprenait une quinzaine de paroisses et plus de soixante fiefs : son importance justifiait l'installation d'un ministre. En 1562, Guillaume Prévost est mis à la tête de l'Eglise protestante de Verteuil, qui se groupe avec les églises de Cognac, Jarnac et La Rochelle dans le colloque d'Aunis. Le sixième synode national se tient à Verteuil en septembre 1567.
Verteuil, en 1568, devient le centre des opérations du prince de Condé. C'est de là qu'il se porte au-devant des contingents de la reine de Navarre, avec lesquels il vient assiéger Angoulême. La ville se rend le 19 octobre. Mais, l'année suivante, l'armée catholique eut une première revanche en prenant Verteuil (24 février) et Ruffec, une seconde, beaucoup plus sérieuse, en remportant le 13 mars la victoire de Jarnac, où Condé fut tué. Le duc d'Anjou, qui commandait l'armée victorieuse, était venu se reposer au château de Verteuil. Il y reçut une lettre de la reine mère, lui demandant d'annoncer la nouvelle au Pape, à l'Espagne, aux Etats d'Italie.
Les persécutions qui sévissent alors contre les protestants ébranlent l'Eglise réformée de Verteuil. Et trois nouvelles catastrophes y jettent le désarroi : en 1571 meurt la comtesse de La Rochefoucauld, huguenote fervente et combative ; en 1572, son mari François III, assassiné dans la nuit de la Saint-Barthélémy. Et au commencement de cette même année, le ministre de Verteuil, Prévost, qui avait voulu suivre son ami Bouchard d'Aubeterre, de nouveau en guerre avec les troupes catholiques, avait été fait prisonnier. L'exercice du culte protestant ne reprit à Verteuil qu'à l'arrivée d'un nouveau ministre, en mai 1576.
Mais c'est sous le ministère de Jean Colladon (1586-1604) que se place l'apogée de l'Eglise réformée de Verteuil. Homme remarquable, «nourri de fortes études», il sut, par la simplicité de sa vie, la solidité de ses croyances, la pratique des vertus religieuses, s'attirer le respect et l'affection. Il construit le temple de Verteuil. Il obtient des religionnaires des dons ou legs en faveur du consistoire. Il est sans cesse en route, prêche à Ruffec, à Mansle, à Châteaurenaud, exhorte les
tièdes, gourmande les pécheurs, se montre d'une activité infatigable. «On peut dire qu'il mourut à la peine.»
Tous les religionnaires ne menaient pas une vie exemplaire. Le consistoire de Verteuil censure des hommes qui ont donné le scandale «de courir jour et nuit , de se livrer «au jeu et à la débauche», des femmes qui sont «coutumières de danser», l'un qui a «dansé devant sa porte avec une p...», l'autre «qu'on soupçonne de paillard et avoir laissé son manteau dans la maison de la paillarde, et avoir passé par la fenêtre» ; Brumeaud, parce qu'il a traité le ministre Colladon de caphar» ; un insolent qui a osé dire d'un «ancien» qu'il était «comme un caporal». La sanction la plus grave que pouvait porter le consistoire était le refus du «méreau». Le «méreau» est un jeton de plomb ou de cuivre qui sert de laissez-passer pour être admis à la cène. En 1591, on décide qu'il «ne sera délivré méreau aux «ingrats» qui ne veulent contribuer aux affaires de l'Eglise».
Et les ministres eux-mêmes n'étaient pas toujours des modèles de piété. Il faut lire le portrait de ce Péris, qui dirigea l'église de Verteuil de 1607 à 1609 : «turbulent, brouillon, querelleur, emporté, intelligent, mais pétri d'orgueil, railleur en son langage, caustique en ses écrits, pamphlétaire à ses heures, bref, un aventurier.» A la suite de l'assassinat de Henri IV, il rédige un libelle, La sanglante chemise d'Henri le Grand, où il attaque Concini et sa femme, le chancelier Sillery, le duc d'Epernon. Devenu ministre à Pons, il fut une première fois suspendu en 1612, puis destitué «à cause de sa vie scandaleuse et de sa mauvaise doctrine», frappé d'excommunication, et, en 1626, décrété de prise de corps : il échappa à la condamnation en abjurant.
Son successeur à Verteuil, Jean Gommarc (1609-1644), avait fait ses études à l'académie de Montauban, aux frais de l'Eglise de Verteuil. Le curé de Nanteuil-en-Vallée, l'abbé Foucauld, engagea avec lui une vive polémique au sujet d'un livre, Sortie de Babylone, que Gommarc avait publié dans l'espoir de faire des prosélytes. Les théologiens, au XVIIe siècle, étaient aussi prodigues d'injures que les érudits. L'abbé Foucauld ne voit que «friperie et rapsodie» dans les ouvrages de Gommarc.
Gommarc compare l'abbé aux grenouilles de Nanteuil, dont il a la voix, aux oiseaux qui ont un beau plumage, mais dont la chair ne vaut rien, Et il appelle l'Ancien et le Nouveau Testament à la rescousse pour démontrer que le pape est l'Antéchrist. Cette science théologique lui valut d'être député aux synodes d'Alençon, d'Alais et de Castres. Aux Grands Jours de Poitiers en 1634, où, comme les autres Eglises protestantes, l'Eglise de Verteuil fut assignée à comparaître, il produisit les titres qu'elle avait à l'exercice public du culte.
Quelques années plus tard, les protestants exploitèrent le mécontentement des paysans qui, écrasés d'impôts, ne pouvaient plus les payer. Pour prêter main forte aux agents du fisc, des troupes occupèrent la région de Verteuil. Un correspondant de Mazarin lui signale «le mal qu'a causé la cavalerie conduite par le sieur Combisan, dont le nom et la mémoire sont effroyables dans la province». Une assemblée de la noblesse réformée eut lieu à Montignac-Charente afin de nommer douze «sages» chargés de préparer la révolte. Mais les meneurs furent arrêtés. Le gouverneur du Poitou, accusé de faiblesse, dut se démettre. Et le gouvernement du Poitou fut donné au futur auteur des Maximes, à François VI de La Rochefoucauld, dont le père était redevenu catholique, et qui dans cette affaire avait fort habilement manœuvré (1646).
Depuis un an, Verteuil avait un nouveau ministre : Jean Gommarc (1645-1687), fils du ministre Jean Gommarc. Il avait fait ses humanités au collège de La Rochefoucauld et ses études théologiques à Montauban aux frais de l'Eglise de Verteuil.
Il a écrit plusieurs ouvrages et devint sur la fin de sa vie professeur de philosophie à Puylaurens. Le fait important de son ministère, c'est la lutte qu'il soutint contre les commissaires du roi chargés en 1663 d'enquêter en Saintonge, Aunis et Angoumois sur les contraventions aux édits. Comme son père l'avait entrepris aux Grands Jours, il devait, de nouveau, prouver le droit de l'Eglise réformée de Verteuil à l'exercice public du culte. Le clergé catholique demandait la démolition du temple, trop proche de l'église paroissiale et du couvent des Cordeliers.
Une enquête fut ordonnée. On en ignore le résultat. Le culte de la R.P.R. continua à Verteuil.
Les catholiques demandent aussi la suppression des écoles protestantes. Car maîtres et maîtresses sont fort zélés. Jeanne Métayer, par exemple, ne se contente pas d'enseigner à lire et à écrire : «passant les bornes de son sexe, elle se mesle de dogmatizer et d'apprendre aux grands, aux Catholiques et aux Protestants, les erreurs de sa secte». Pour lutter contre cette propagande acharnée, M. Vincent (Vincent de Paul) envoya à Verteuil en 1660 trois Lazaristes, dont la mission eut du succès puisqu'à partir de cette date les abjurations deviennent moins rares. Le nouveau ministre, Jacques Morin, n'hérita en 1667 que d'un troupeau diminué.
Malheureusement le roi trouva trop lent l'effet des missions : en 1681 il y substitua les dragonnades. L'intendant du Poitou, René de Marillac, «appliqua avec une cruauté inouïe les ordonnances royales». Les conversions se multiplient. Pourquoi maintenir un édit qui n'était plus justifié ? Le 18 octobre 1685, Louis XIV révoquait l'édit de Nantes. Le ministre Jacques Morin, sa femme et ses cinq enfants préfèrent l'abjuration à l'exil.
Presque toutes ses ouailles suivent son exemple. Ce fut à Villefagnan que se réfugièrent les non-convertis de la région.
Les marchands de papier qui affermaient les moulins de Verteuil étaient protestants : ils quittèrent l'Angoumois, les papeteries cessèrent bientôt de travailler.
Ce bref exposé ne donne qu'une faible idée des richesses du livre que nous résumons. Nous avons essayé de rendre sensible la solidité de la construction et de dégager l'idée directrice de l'auteur : il a voulu, pensons-nous, attirer l'attention sur l'état d'insécurité dans lequel ont vécu les Eglises réformées, non seulement pendant les guerres de religion, mais aussi, malgré l'édit de Nantes, après la mort de Henri IV.
A l'appui de cette thèse, déjà présentée, et que confirme son ouvrage, il apporte, sans alourdir le cours de son récit, nombre de renseignements précieux, de détails pittoresques, de citations extraites d'ouvrages rarissimes. Il étudie avec un égal scrupule les lieux, les hommes et les faits. Il nous raconte comment fut construit le temple (encore debout), et nous donne le plan de Verteuil. Il précise la généalogie de nombreuses familles protestantes, il peint avec un soin diligent et un heureux choix de nuances les portraits de ses héros, ministres et seigneurs, magistrats et capitaines, femmes, moines, anciens. Il décrit les visites royales et les entrevues de hauts personnages, proteste avec les religionnaires contre les persécutions dont ils sont l'objet, avec les catholiques contre la démolition de leurs sanctuaires, analyse clairement les décisions synodales et consistoriales, les traités théologiques ou les mémoires juridiques. De pareils ouvrages d'histoire locale, aussi nourris, aussi probes, sont les matériaux qui servent à édifier l'histoire générale.
Ne cherchez pas dans celui-là la moindre trace de polémique.
C'est, comme on l'a déjà écrit de Verteuil sous la Révolution, «la consciencieuse étude d'un chartiste». Et nous rencontrons sous la plume d'un pasteur, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, le plus bel hommage rendu à l'auteur : «Il faut se féliciter de ce que l'historiographe catholique d'une Eglise réformée se soit trouvé être un prêtre animé d'un réel souci d'impartialité.» Nous n'ajouterons rien
à cet éloge.
Le Gérant : J. PIGNON
Angoulême. IMPRIMERIE OUVRIÈRE, 18, rue d'Aguesseau.



 
 
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