Boulangerie coopérative de Villefagnan

Elle a été fondée le 27 mai 1888.
Ses statuts ont été adoptés par l'assemblée générale du 25 mai 1888.


La boulangerie coopérative était établie Route d'Aigre.
Sur un long bâtiment, à droite de la rue, au milieu du cliché, on voit une haute cheminée :
on y est !
Deux grands fours au rez-de-chaussée, la farine était stockée à l'étage.

Formation et but de la Société
Article premier.
Il est fondé à Villefagnan ,entre les soussignés et ceux qui accepteront les présents statuts, une société particulière en coopération, à personnel et à capital variables, ayant pour objet de fournir à ses membres coopérants, domiciliés dans l'étendue du canton de Villefagnan, du pain de bonne qualité.

ART. 2. Cette Société, outre son titre légal, prend la dénomination de Boulangerie Coopérative de Villefagnan.

ART. 3. Le siège de la Société est établi à Villefagnan, dans le local choisi par le Conseil d'administration.

ART. 4. La durée de la société est illimitée.

ART. 5. Cette Société se compose de membres qui s'approvisionneront à la Société et prendront le titre de membres coopérants.

ART. 6. Pour installer la Société, les membres coopérants fournissent un capital productif d'intérêts à cinq pour cent, qui leur sera remboursé.

ART. 7. Pour avoir le titre de membre coopérant fondateur, il suffira de payer la part de vingt-cinq francs.

ART. 8. Les bénéfices de la Société seront annuellement répartis comme suit :
  • 1° Partie à acquitter les intérêts dus aux membres fondateurs ;
  • 2° Partie à l'amortissement des dettes de la Société ;
  • 3° Le reste ou fonds de réserve, sera employé au mieux des intérêts de la Société. Ces bénéfices seront répartis par le Conseil d'administration et la Commission de surveillance réunis.
ART. 9. Tous les membres coopérants seront porteurs de livrets et convoqués en assemblée générale.

ART. 10. Pour être membre coopérant, il faudra au préalable avoir été admis par le Conseil d'administration.

ART. 11. Toute admission comme membre coopérant comporte de plein droit adhésion aux Statuts et Règlements. Les droits des Sociétaires sont personnels ; ils ne sont pas saisissables ; ils pourront être transmis et négociés avec l'agrément du Conseil d'administration.
En cas de décès ou dans le cas de démission, de radiation et d'exclusion prévus par les Règlements à intervenir, le versement pur et simple du sociétaire est remboursé à lui ou à ses héritiers dans un délai compatible avec les ressources de la Société et qui est déterminé par le Bureau d'administration.
Les Sociétaires, leurs héritiers, créanciers ou ayants droit ne pourront en aucun cas faire apposer les scellés sur les livres et biens de la Société.
Les décès, démissions et exclusions de membres coopérants ne mettent pas fin à la Société, qui continue de plein droit avec les membres restants.

ART. 12. En cas de dissolution, l'actif social mobilier et immobilier, après prélèvement des mises de fonds de chacun, deviendra la copropriété des membres existants proportionnellement au nombre d'années de sociétariat, et chacun aura le droit d'en poursuivre la liquidation. Il n'y a que les membres faisant partie de la Société au moment de la dissolution qui ont droit au partage.

ART. 13. La dissolution de la Société s'imposerait s'il arrivait que, par suite de mauvaise administration et de pertes en résultant, son avoir net fut réduit au quart de la somme versée par les coopérants ; dans ce cas, la valeur restante serait partagée entre tous les membres coopérants proportionnellement à la mise de fonds de chacun.

Fabrication, prix et vente du pain
ART. 14. Le prix du pain est fixé par le Conseil d'administration, le président ou son délégué. Le Bureau décidera les qualités de pain qui pourront être faites.
Le pain sera toujours vendu au comptant.
La forme, le poids du pain, son transport à domicile ou dans les lieux de dépôt sont déterminés également par le Bureau, au mieux des intérêts de la masse.

ART. 15. Il pourra être donné du blé froment en échange de pain et de son, selon un tarif fixé par le Conseil d'administration.
Pour que le blé froment soit uniforme, il ne sera admis par la Société qu'autant qu'il aura été passé au trieur. Le trieur étant la propriété de la Société, chacun pourra y passer gratuitement le blé qu'il apportera ; la Société se chargera elle-même de ce soin à raison de vingt-cinq centimes par hectolitre qui seront payés par le propriétaire, ou retenus en pain. Les propriétaires seront tenus de faire conduire, à leurs frais, le blé à la boulangerie ; ce blé sera toujours fourni avant d'avoir reçu le pain.

ART. 16. La Société fournira du pain, selon son tarif et dans les limites de ses moyens de fabrication, à tous ses membres, quels qu'ils soient.

ART. 17. Toutes les mesures seront prises pour qu'il soit employé une pâte de quantité suffisante pour donner du pain cuit et le poids réglementaire ; mais si, malgré ces précautions, il arrivait que certains pains fussent au dessous du poids, la Société n'entend encourir aucune responsabilité ; il ne pourra à cet égard être exercé aucune poursuite contre elle.
Il ne sera pas détaillé de pain ; c'est-à-dire que chaque pain sera vendu en entier.
Les pains de deux kilogrammes et au-dessous, quelle que soit leur forme, et les pains de forme couronne, quel qu'en soit le poids, sont considérés comme pain de fantaisie, et, comme tels, susceptibles de perdre selon leur degré de cuisson.

Exclusion
ART. 18. Pourront être exclus de la Société :
  • 1° Ceux qui par paroles ou par actions auront porté préjudice à la Société ;
  • 2° Ceux qui auront subi une condamnation judiciaire portant atteinte à leurs droits civils ;
  • 3° Ceux qui s'approvisionneront ailleurs qu'à la Boulangerie coopérative ;
  • 4° Tout associé ayant vendu par spéculation le pain ou tout autre objet qui lui aurait été délivré par la Société.
Le Conseil d'administration et la Commission de surveillance seront juges des motifs de l'exclusion, qui ne pourra être prononcée qu'après que le sociétaire aura été appelé à s'expliquer. Cette décision sera sans appel.

En ce temps là... les gens étaient honnêtes
Le dimanche 3 novembre 1895, l'Observateur de Ruffec publie cet acte de probité.
Le 24 octobre dernier, jour de foire à Villefagnan, le sieur Pourajaud, demeurant à Paizay-Naudouin, en montant dans le bureau du comptable de la boulangerie coopérative de Villefagnan, a trouvé un journal appartenant au sieur Boinard, de Brettes, et dans lequel étaient renfermés 600 fr. en billets de banque.
Pourajaud déposa sa trouvaille sur le bureau du comptable, qui était occupé et ne fit pas grande attention. A tel point qu'un peu plus tard, croyant que ce journal appartenait au maître boulanger, il le porta sur la table du magasin de vente.
Le lendemain seulement, le sieur Boinard (ou Boissard) étant venu demander à la boulangerie des nouvelles de son argent, en donnant quelques indications, notamment le titre du journal qui avait servi à plier les billets, on se mit en cherche du paquet et on eut la chance de le trouver intact.
Le propriétaire des 600 fr. put donc ainsi rentrer en possession de son argent, ce qu'il ne fit point sans adresser le plus chaleureux remerciements au personnel de la boulangerie coopérative et au sieur Pourajaud.
Précisions lues dans l'édition suivante
M. Brochard, comptable de la boulangerie coopérative de Villefagnan, nous prie de faire la rectification suivante :
«M. Pourajaud a trouvé le journal dans l'escalier de la boulangerie et l'a déposé sur ma table, croyant qu'il était à moi, mais il ne savait pas du tout ce qu'il renfermait. C'est moi qui ai trouvé les 600 fr. et qui les ai remis dès le lendemain à leur propriétaire, lorsqu'il est venu les réclamer.»


Pierre Popinot, porteur de pain, coopérative de panification de Lorigné, 1935 environ.


La fin de la coopérative de panification
En 1979, Albert Louineau revient à Villefagnan et achète l’ancienne coopérative de panification (boulangerie coopérative) : la maison et les deux fours datent de 1897. De 20 quintaux mensuels, la boulangerie pétrit rapidement 45 quintaux.
Je l'avais rencontré en 2002. Le métier a évolué : le four est chauffé au fuel, de temps en temps au bois. En effet, l’été les vacanciers aiment acheter de gros pains, comme antan. La pâte est préparée la veille, pesée et mise en chambre froide (et non pas congelée). Le four est allumé vers 6h30, trois fournées cuites en 1h30. «J’ai la chance d’avoir un four qui chauffe en seulement 20 minutes» indique Albert qui, à l’heure de la retraite, reconnaît que le travail est devenu supportable.

Le boulanger Albert Louineau devant son four : le bâtiment en compte deux identiques, mais il n'en exploitait qu'un seul équipé d'un bruleur à fuel. De temps à autre, il enfournait de grosses miches qu'il cuisait au feu de bois.

La boulangerie coopérative en 1898

  • Président : Isaac Rousseau ; boulanger, Louis Audier
A la fin du XIXe siècle, l'institution d’une boulangerie coopérative dérangeait certains à en croire ce tract.
Villefagnan, 9 novembre 1888 (à noter que la boulangerie fut créé le 29 mai 1888).
M,
Dans une circulaire (voir ci-dessous), en date du 1er novembre courant, - destinée à faire connaître l’ouverture de la Boulangerie Coopérative - M. le Président du Conseil, outrepassant, nous aimons à le croire, les droits et les pouvoirs que lui a conférés la Société, s’est permis envers les boulangers en général et envers nous en particulier, bien qu’il ne nous ait point nommé, certaines insinuations malveillantes que nous venons réfuter.

Nous laissons de coté cette phrase où il est dit que «les grands bénéfices faits depuis plusieurs années par les boulangers l’ont été en retranchant une partie des ressources de chaque consommateur». bien qu’elle soit à double sens et qu’on cherche à porter atteinte à notre honneur.
Nous savons trop bien qu’il est ici certaines personnes qui ont donné à toute la population la preuve qu’elles connaissent à fond l’art de mentir et pour lesquelles la calomnie n’est qu’un jeu, et nous sommes en droit d’être surpris qu’un des principaux inspirateurs de la Boulangerie Coopérative désirait ardemment, il n’y a pas trois mois encore, faire de son fils un boulanger, ne trouvant point alors qu’il fut mauvais de retrancher une partie des ressources de chaque consommateur. Les temps sont changés.

Mais, sans vouloir contester les sentiments philanthropiques et humains dont M. Chenut fait parade, bien qu’il nous semble que, dans cette circonstance, il cherche surtout, dans une réclame à outrance, à ressaisir une popularité passée et à reprendre à tout prix le droit de nous dire encore : c’est nous qui sons les maîtres ! Nous lui dirons bien haut : avant vous, nous avons fait preuve de sentiments philanthropiques et humanitaires, et nous ne cesserons point, malgré votre concurrence de pratiquer la véritable fraternité.
Ce que nous avons fait jusqu’ici, nous le ferons encore : vous traiter au comptant nous continuerons à attendre, et tous ceux, amis ou adversaires, qui ne pourront payer, trouveront chez nous un large crédit.

Que M. Le Président du Conseil nous dise maintenant de quel coté sont ceux qui pratiquent la véritable fraternité, et s’il ne répond pas, d’autres répondront pour lui. M. Chenut déclare «qu’il n’est pas honnête de spéculer sur le pain». En dix mots d’injures à la corporation, il supprime ainsi la profession de boulanger. Nous comprenons le but cherché, mais nous demandons à tous ceux que la passion politique ou que la rancune d’une situation perdue n’aveugle pas, si le boulanger ne doit pas trouver dans sa profession, comme tout le monde, les moyens de vivre et d’élever sa famille ; s’il doit, en un mot, exercer gratuitement son état ?
A ce compte, les boulangers auraient bien aussi le droit de se plaindre, car il est des objets qui, parfois, peuvent être aussi utiles que le pain. Ils pourraient par exemple, demander au pharmacien s’il est honnête de spéculer sur la maladie et de vendre ses drogues au lieu de les donner ;
- à l’instituteur, s’il est honnête de spéculer sur l’ignorance et de vendre, souvent bien cher le peu d’instruction qu’il donne parfois ;
- à tous ceux, en un mot, qui se disent animés de sentiments philanthropiques et humanitaires et qui font parade de prétendus sentiments fraternels, pourquoi, dans le commerce ou l’industrie qu’ils exercent pour vivre et faire vivre leur famille, ils spéculent sur les besoins des autres.
A ce compte-là, toutes les professions peuvent y passer.
La dernière phrase, réservée pour le grand coup, prouve la bonne foi de son auteur. Il vous dit que chaque boulanger fournit pour un sac de blé 120 livres de pain, et que la Boulangerie Coopérative en donnera 150. Il oublie de vous dire, et avec intention, que les 120 livres du boulanger ne contiennent que la farine dite «en sa fleur», tandis que les 150 de la Coopérative contiennent toutes les catégories.
Jugez !

Nous venons donc dire à M. le Président de cette Société :
Pour ceux qui paient en argent, nous continuerons à livrer à crédit à tous ceux qui ne pourront prendre au comptant, et toujours au même prix que vous.

Que vos sentiments philanthropiques et humanitaires, que vos sentiments de véritable fraternité se montrent, comme les nôtres, au grand jour ; faites-en autant, et dites nous si la Coopérative donnera pour rien du pain à ceux auxquels les sentiments fraternels des vôtres l’ont fait ôter ?
Quant à ceux qui paient en blé, pour un sac que nous n’obligerons point, comme vous, à passer au cylindre et prendrons tel qu’il est livré au commerce nous donnerons 130 livres de pain avec la farine dite «en sa fleur» ou, comme vous 150 livres avec le mélange de toutes les farines, par pains de 5 kilogr ; de 2 kil 500 ou de 1 kil, au choix du client, et dû votre amour propre en souffrir, notre pain sera d’aussi bonne qualité et aussi nourrissant que le vôtre.
Et nos meuniers continueront, comme par le passé, à prendre le blé à domicile et à faire les commissions de nos clients.

Recevez, M., l’assurance de nos sentiments distingués et dévoués.
Augier ; Henri Debennay Fils.


Circulaire d'Augier et Henri Debenay fils, pour protester contre certaines insinuations malveillantes de la Boulangerie coopérative. Villefagnan, 9 novembre 1888.

Taxation du pain en 1855
Le prix du pain est taxé par els autorités locales, le tarif est établki sur le prix moyen du blé, pendant chaque quinzaine.
Tous les boulangers ou presque sont dans l'obligation d'acheter des farines ou blés qu'il font moudre, le prix mouture plus transport représente 1/14e environ de l'hectolitre.

Les qualités de farine extraites d'un hectolitre de blé du poids de 80 kiloogrammes sont :
1ère fleur : 38 kg (pain de 1ère qualité)
2ème fleur  :24 kg (pain de 2ème qualité)
Total : 62 kg.

 




 
 
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